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Suétone, Vie de Néron, extraits |
Vetus illi cura erat curriculo quadrigarum insistere nec minus foedum studium cithara ludicrum in modum canere, quum cenaret; quod regibus et antiquis ducibus factitatum memorabat, "Idque vatum laudibus celebre, et deorum honori datum. Enimvero cantus Apollini sacros; talique ornatu adstare, non modo Graecis in urbibus, sed Romana apud templa, numenque praecipuum et praescium." [...] Clausumque valle Vaticana spatium, in quo equos regeret, haud promiscuo spectaculo; mox ultro vocari populus Romanus, laudibusque extollere, ut est vulgus cupiens voluptatum, et, si eodem princeps trahat, laetum. Ceterum evulgatus pudor non satietatem, ut rebantur, sed incitamentum attulit. [...] Notos quoque equites Romanos operas arenae promittere subegit, donis ingentibus: nisi quod merces ab eo qui jubere potest vim necessitatis affert. |
Mot à mot
Cura vetus |
une application ancienne |
erat illi |
était à lui |
insistere |
de se tenir |
curriculo quadrigarum |
sur un char de (à) quatre chevaux |
nec studium minus foedum |
et une passion non moins honteuse |
canere cithara |
de chanter avec une cithare |
in modum ludicrum |
sur un mode de théâtre |
quum coenaret |
lorsqu’il soupait |
quod memorabat |
chose qu’il rappelait |
factitatum regibus |
avoir été faite souvent par des rois |
et ducibus antiquis |
et des généraux de l’antiquité |
idque celebre |
et cet art être célèbre |
laudibus vatum |
par les louanges des poètes |
et datum honori deorum |
et donné (consacré) à l’honneur des dieux |
enimvero cantus |
en effet les chants |
sacros Apollini |
être consacrés à Apollon |
numenque praecipuum |
et cette divinité principale |
et praescium |
et douée de prescience |
adstare tali ornatu |
se dresser avec un tel ornement |
non modo |
non seulement |
in urbibus Graecis |
dans les villes grecques |
sed apud templa Romana. |
mais dans les temples romains. |
Spatiumque clausum |
et un espace fut enclos |
valle Vaticana |
dans la vallée du Vatican |
in quo regeret equos |
dans lequel il dirigeât des chevaux |
spectaculo |
le spectacle |
haud promiscuo |
n’étant pas public ; |
mox populus Romanus |
bientôt le peuple romain |
vocari ultro |
d’être appelé spontanément par eux |
extollereque laudibus |
et d’exalter le prince par ses louanges |
ut vulgus |
comme (car) la multitude |
est cupiens voluptatum |
est avide de plaisirs |
et laetum, si princeps |
et joyeuse, si le prince |
trahat eodem. |
l’entraîne du même côté. |
Ceterum |
Au reste |
pudor evulgatus |
sa honte rendue publique |
non attulit satietatem |
ne lui apporta pas la satiété, |
ut rebantur |
comme ils le pensaient, |
sed incitamentum |
mais un stimulant. |
Subegit quoque |
Il réduisit aussi |
equites Romanos notos |
des chevaliers romains connus |
promittere operas arenae, |
à promettre leurs services à l’arène, |
donis ingentibus : |
par des dons considérables : |
nisi quod merces |
si ce n’est que (mais) une récompense |
ab eo qui postest jubere |
de la part de celui qui peut ordonner |
affert vim necessitatis. |
apporte la violence d’une nécessité. |
Lexique
ab, prép. : + Abl.
: à partir de, de, de la part de |
mox, adv. : bientôt reor, reris, reri, ratus
sum : croire sum, es, esse, fui : être |
Traduction
Il avait depuis longtemps à coeur de conduire un char dans la carrière ; et par une fantaisie non moins honteuse, on le voyait souvent, tenant une lyre, imiter à table les chants du théâtre. "Des rois, disait-il, d'anciens généraux l'avaient fait avant lui. Cet art était célébré par les poètes et servait à honorer les dieux. Le chant n'était-il pas un attribut sacré d'Apollon ? et n'était-ce pas une lyre à la main que, dans les temples de Rome, aussi bien que dans les villes de la Grèce, on représentait ce dieu, l'un des plus grands de l'Olympe, le dieu des oracles ?" On établit dans la vallée du Vatican une enceinte fermée où il put guider un char sans se prodiguer aux regards de la foule : bientôt le peuple romain fut appelé à ce spectacle et applaudit avec transport, avide de plaisir, comme l'est toute multitude, et joyeux de retrouver ses penchants dans le prince. On avait cru que la publicité de la honte en amènerait le dégoût ; elle ne fut qu'un aiguillon nouveau Des chevaliers romains d'un nom connu descendirent même dans l'arène : il les engagea pour ce honteux service à force de présents ; mais les présents de qui peut commander ne sont-ils pas une véritable contrainte ? |
© OSMONT mars 2007